Les cookies tiers ne sont pas morts d'un coup. Ils agonisent depuis plusieurs années, et si vous n'avez pas encore adapté votre stack de mesure, vous perdez déjà des données.
Safari bloque les cookies tiers depuis 2020. Firefox depuis 2019. Chrome a reculé sur sa suppression franche en avril 2025, adoptant un modèle de « choix utilisateur » — mais le résultat est le même : entre Safari (environ 24 % de part de marché, tous iOS inclus), Firefox, et les bloqueurs de publicité (autour de 30 % d'adoption), près de 40 à 50 % de vos visiteurs échappent déjà à votre tracking client-side classique.
Ajoutez à ça l'ITP (Intelligent Tracking Prevention) d'Apple qui réduit la durée de vie des cookies first-party posés via JavaScript à 7 jours maximum. Résultat : vos attributions sont faussées, vos tunnels de conversion sont troués, et votre ROAS publicitaire est surestimé.
La réponse technique la plus solide en 2026 : le server-side tracking combiné à une stratégie first-party data.
Pourquoi le tracking client-side est structurellement cassé
Le tracking traditionnel fonctionne ainsi : un snippet JavaScript (Google Tag Manager, Meta Pixel, etc.) s'exécute dans le navigateur de l'utilisateur, pose des cookies, et envoie des événements directement depuis le browser vers les serveurs des plateformes publicitaires.
Ce modèle présente trois failles majeures en 2026 :
1. Les navigateurs bloquent ou limitent les cookies. Safari interdit les cookies tiers et plafonne les first-party cookies JS à 7 jours. Concrètement, un utilisateur qui revient sur votre site après 8 jours est considéré comme un nouvel inconnu.
2. Les ad blockers suppriment les requêtes vers des domaines connus. uBlock Origin, AdGuard, Brave — ils bloquent les appels vers googletagmanager.com, connect.facebook.net, etc. Vos tags ne s'exécutent tout simplement pas.
3. Vous n'avez aucun contrôle sur ce qui est transmis. Chaque pixel tiers embarqué dans votre page envoie des données brutes (IP, User-Agent, URL complète) directement aux plateformes, sans possibilité de filtrage. Difficile d'être RGPD-compliant dans ces conditions.
Le server-side tracking : comment ça marche
Le principe est simple : au lieu d'envoyer les événements depuis le navigateur, vous les envoyez depuis votre propre serveur.
Le flux devient :
- Le navigateur envoie l'événement vers votre endpoint server-side (ex :
tracking.votredomaine.com) - Votre serveur reçoit, filtre, enrichit les données
- Votre serveur redistribue vers Google Analytics 4, Meta Pixel, etc. via leurs APIs serveur
Les bénéfices immédiats :
- Les ad blockers ne bloquent plus rien : l'appel va vers votre propre domaine
- Vous contrôlez ce qui est transmis : vous pouvez anonymiser les IPs, supprimer les données personnelles superflues
- Les cookies posés par votre serveur durent 400 jours sur Safari (contre 7 jours en JavaScript) — à condition que l'IP du serveur corresponde à celle de votre site
Ce dernier point est critique : si votre container server-side GTM tourne sur Google Cloud ou un hébergeur tiers, Safari détecte la divergence d'IP et applique quand même la limite 7 jours. Il faut proxifier via votre propre infrastructure ou utiliser des solutions comme Stape.io qui résolvent ce problème.
Server-side GTM : la solution la plus accessible
Google Tag Manager Server-Side est aujourd'hui l'implémentation la plus répandue. Vous déployez un container GTM sur votre serveur (App Engine, Cloud Run, ou infrastructure tierce), vous configurez les tags server-side, et vous pointez vos événements vers ce container au lieu de l'envoyer directement aux plateformes.
Mise en place concrète pour un site e-commerce :
- Créer un container server-side dans GTM
- Déployer sur une URL du type
gtm.votredomaine.com - Remplacer les appels directs au pixel Meta et à GA4 par des appels vers ce container
- Configurer les tags server-side pour redistribuer vers Meta Conversion API et GA4 Measurement Protocol
- Activer le First Party ID (FPID) : un identifiant persistant stocké côté serveur, indépendant des cookies
Le FPID est la clé de voûte. Il vous permet de reconnaître un utilisateur revenant sur votre site même si tous ses cookies ont été effacés — car l'identifiant est dans votre base de données, pas dans son navigateur.
Les études terrain montrent une récupération de 15 à 30 % des signaux de conversion perdus après mise en place du server-side tracking. Pour un e-commerce avec un volume de 10 000 commandes/mois, ça peut représenter 1 500 à 3 000 conversions retrouvées dans vos dashboards — et autant de données qui remontaient de nouveau vers vos algorithmes d'enchères Google/Meta.
First-party data et CDPs : aller plus loin
Le server-side tracking est le socle technique. La first-party data est la stratégie.
La first-party data, c'est toutes les données que vous collectez directement avec le consentement explicite de vos utilisateurs : emails, comportements on-site, historiques d'achat, préférences déclarées. Ce sont des données que vous possédez, que personne ne peut vous retirer, et qui ne dépendent pas des cookies tiers.
Les Customer Data Platforms (CDPs) servent à centraliser, nettoyer et activer cette data :
- Segment : le plus populaire, idéal pour les équipes techniques qui veulent unifier les sources de données (web, mobile, CRM, email)
- Tealium AudienceStream : orienté entreprise, fort sur la gestion du consentement, compatible avec les CMP (Consent Management Platforms)
- RudderStack : open-source, auto-hébergeable, bon compromis coût/contrôle pour les sites moyens
Pour un blog média ou un e-commerce en croissance, Segment ou RudderStack suffisent. Tealium est pertinent quand vous gérez plusieurs marques ou des volumes de données importants.
L'activation se fait ensuite via des audiences CRM poussées vers Google Ads (Customer Match) et Meta (Custom Audiences) : vous ciblez sur base de vos propres données, pas sur les cookies tiers de la plateforme.
Conformité RGPD : ce que le server-side change vraiment
Le server-side tracking n'est pas une carte blanche RGPD. Il reste soumis aux mêmes obligations de consentement. Ce qu'il change :
- Vous devenez le responsable de traitement exclusif : les plateformes tiers ne reçoivent plus de données brutes, elles reçoivent ce que vous choisissez de leur envoyer
- Possibilité d'anonymiser avant transmission : IP tronquée, identifiant hashé, données personnelles filtrées selon le niveau de consentement
- Pas de dépôt de cookies sans consentement : le FPID ne contourne pas la règle, il doit rester conditionnel au consentement (catégorie analytics/marketing selon votre CMP)
L'erreur classique : croire que passer au server-side dispense d'une CMP fonctionnelle. Non. Ce qu'il permet, c'est d'envoyer des données différentes selon le niveau de consentement — événement anonymisé si refus, événement complet si acceptation — ce que le tracking client-side ne permettait pas facilement.
Consultez notre guide sur la conformité RGPD analytics pour les détails sur la mise en place du consentement conditionnel.
Cas pratique : blog média avec GA4 en server-side
Prenons un blog générant 50 000 visites/mois. Setup actuel : GA4 client-side, tag JS, pas de server-side.
Pertes estimées :
- Safari ITP : 24 % des visites avec cookie JS expiré après 7 jours
- Ad blockers : 15 à 20 % des visites supplémentaires
- Total : 35 à 40 % des sessions mal attribuées ou manquantes
Après migration server-side GTM + FPID :
- Récupération des sessions Safari longue durée
- Contournement des ad blockers (requêtes vers domaine propre)
- Attribution multi-visite correcte sur 400 jours
Pour mesurer l'impact réel sur votre SEO et vos campagnes, l'utilisation de Google Analytics 4 comme outil de mesure SEO reste indispensable — à condition de l'alimenter correctement via des données de qualité. Et pour comprendre comment ces données servent votre attribution marketing globale, lisez notre article sur les modèles d'attribution.
Ce que vous devez faire maintenant
Par ordre de priorité :
- Auditez votre perte de signal : comparez les conversions GA4 avec vos commandes réelles en back-office. Si l'écart dépasse 20 %, vous avez un problème de mesure.
- Déployez un container GTM server-side sur votre propre domaine (pas sur Google Cloud directement si vous avez du trafic Safari significatif).
- Implémentez le FPID pour la continuité de reconnaissance cross-session.
- Activez la Meta Conversion API en parallèle du Pixel browser-side (mode Hybrid) pour maximiser la couverture.
- Construisez votre base first-party : email opt-in, compte utilisateur, quiz de préférence — chaque donnée déclarée est un actif durable.
Le server-side tracking est aujourd'hui le meilleur investissement technique pour maintenir la mesure dans un environnement post-cookies. Ce n'est pas une option avancée réservée aux grandes plateformes — c'est devenu un prérequis pour qui veut des données fiables.
Sources
- Stape.io — Third Party Cookies 2026: Will Server-Side Tracking Help?
- Usercentrics — Server-Side Tracking and GDPR: Complete Guide
- Seresa.io — Server-Side Cookie Setting in 2026: Why Your Server Can Set Cookies Safari Cannot Kill
- OWOX — How to Solve the GDPR Problem with a GTM Server-Side Tag
- Taggrs.io — Is Server-Side Tracking GDPR Compliant?


