En août 2024, j'avais un client qui me demandait si "le truc du procès Google" allait faire bouger les SERP. Je lui avais dit qu'il fallait suivre mais pas paniquer. Deux ans après, le verdict de fond est rendu, l'appel est lancé, et je lui dois un bilan honnête. Voilà ce qui s'est réellement passé, et ce que ça change.
La décision de septembre 2025 : Chrome reste, les remèdes sont comportementaux#
Le 2 septembre 2025, le juge Amit Mehta a rendu sa décision sur les remèdes dans l'affaire United States v. Google. Le DOJ voulait la vente forcée de Chrome et une cession conditionnelle d'Android. Il n'a rien eu de tout ça.
Ce que le tribunal a imposé à la place :
- Fin des contrats d'exclusivité : Google ne peut plus payer Apple ou les constructeurs Android pour être le moteur par défaut. L'accord Apple-Google, qui pesait environ 18 à 20 milliards de dollars par an, est mort ou du moins réduit à un an maximum.
- Partage des données de recherche : Google doit fournir un "snapshot" de son index de recherche aux concurrents qualifiés, ainsi que des données d'interaction utilisateur en continu (clics, signaux comportementaux).
- Pas de partage des données pub : les données AdWords restent chez Google.
Le juge a estimé que forcer la vente de Chrome serait "extrêmement compliqué et très risqué". Traduction : trop casse-gueule juridiquement, pas garanti que ça résolve le problème.
Depuis décembre 2025, le jugement est finalisé. Google a immédiatement fait appel, et le DOJ + 35 États ont eux aussi fait appel début février 2026 pour obtenir des remèdes plus sévères. On attend désormais la Cour d'appel du Circuit DC.
Ce que le partage de données change vraiment pour Bing, Perplexity et compagnie#
C'est là que ça devient intéressant pour nous, les praticiens SEO.
Google doit partager des données que personne d'autre ne possédait : dates de crawl, scores anti-spam, RankEmbed (le modèle d'interprétation de l'intention de recherche), patterns de clics. Pour Bing, DuckDuckGo, et surtout les moteurs IA comme Perplexity, c'est une manne considérable.
Est-ce que ça va rééquilibrer les SERP mondiaux ? Probablement pas à court terme. Comme le note un expert cité par Northeastern University, Google va se battre sur la définition de "concurrent qualifié" pour ralentir le partage. La mise en œuvre prendra des années, pas des mois.
En revanche, pour ceux qui font du SEO multi-moteurs, c'est un signal fort : Bing va progresser. Perplexity aussi. La part de marché de Google est passée sous 90 % pour la première fois depuis une décennie en 2024. Ce n'est pas le procès qui a fait ça, c'est l'IA. Mais le procès peut accélérer le mouvement.
Ce qui change concrètement pour votre SEO aujourd'hui#
Honnêtement, pour 95 % des SEOs, la décision de septembre 2025 ne change rien dans l'immédiat. Google continue de dominer. Les SERP sont les mêmes. Les algorithmes n'ont pas bougé d'un poil à cause du procès.
Là où ça change, c'est dans la réflexion stratégique :
1. La fin des accords d'exclusivité redistribue les points d'entrée
Si Google n'est plus le moteur par défaut sur tous les iPhone et tous les Android, des dizaines de millions d'utilisateurs vont se retrouver avec une page blanche au premier démarrage. Certains choisiront Google quand même. D'autres essaieront Bing. D'autres encore garderont ce qu'on leur propose. La visibilité hors Google devient un enjeu réel, pas un sujet théorique.
2. Le partage de données booste les alternatives IA
Perplexity et ChatGPT Search vont potentiellement accéder à des signaux qualité Google. Ça renforce leur capacité à servir des résultats pertinents. Pour les SEOs, ça consolide l'importance de l'AEO et du GEO : être cité dans les réponses IA, pas seulement ranker sur Google.
3. L'appel va durer des années
Ne prenez pas de décisions stratégiques massives sur la base du procès. Le Circuit DC va mettre du temps. Le DOJ veut plus, Google veut moins. On aura des rebondissements. Sur l'horizon 2026, le statu quo tient.
Il y a un truc que je trouve franchement ironique dans toute cette affaire : Google a été condamné pour monopole de la recherche, mais la vraie menace pour son hégémonie, ce ne sont pas les remèdes du DOJ. C'est ChatGPT, Claude, Perplexity. Le procès règle un problème de 2010, pas de 2026.
Ce que ça donne côté affichage publicitaire#
Le procès Search est distinct du procès AdTech. En avril 2025, un autre juge fédéral a conclu que Google avait aussi monopolisé certains segments du marché pub en ligne. Les remèdes pour ce volet sont en cours de discussion, et là, une scission structurelle est encore sur la table.
Pour les SEOs qui font aussi du SEA : surveiller ce dossier de près. Si Google est forcé de céder DoubleClick ou Google Ad Manager, l'écosystème pub digital se restructure profondément. Mais là encore, les délais judiciaires laissent le temps de voir venir.
Ce que je ferais à votre place#
Trois choses concrètes, dans cet ordre :
Auditer votre dépendance à Google. Si 95 % de votre trafic organique vient de Google, vous avez un risque de concentration, procès ou pas. Bing, Perplexity, les AIO de Google elle-même : diversifiez les points de contact.
Suivre la mise en œuvre du partage de données. Pas besoin d'attendre l'appel. Si Bing annonce intégrer les données Google dans ses modèles de ranking, c'est un signal immédiat pour vérifier votre positionnement Bing.
Ne rien changer dans vos pratiques techniques de base. Le procès n'a pas modifié les critères de classement Google. Core Web Vitals, E-E-A-T, contenu de qualité : la décision de justice ne touche pas à ça.
Le procès antitrust Google n'est pas fini. L'appel va traîner. Chrome restera chez Google. Mais le partage de données de recherche, même partiel, même retardé, crée un précédent structurel. Ce n'est pas une révolution pour votre SEO aujourd'hui. C'est un signal sur l'horizon à 3-5 ans.
Sources#
- DOJ and states appeal Google search antitrust remedies ruling - Search Engine Land
- Google's Antitrust Ruling: What The Remedies Really Mean For Search, SEO, And AI Assistants - Search Engine Journal
- Federal Court Endorses Behavioral Remedies, Rejects Structural Relief - Congress.gov
- Google Search Ruling to be Appealed by DOJ, States - Bloomberg
- Judge finalizes remedies in Google antitrust case - CNBC



