Tu publies régulièrement, tes articles sont bien écrits, mais Google semble traiter ton site comme un ensemble de pages isolées. Le problème ne vient pas de ton contenu — il vient de la façon dont tes pages se parlent entre elles. Le maillage interne, c'est le câblage invisible qui permet à Google de comprendre ta structure thématique et de distribuer l'autorité entre tes pages.
Selon une étude Ahrefs (2023), les pages bénéficiant d'au moins trois à quatre liens internes provenant d'autres contenus du site obtiennent en moyenne 40 % de trafic organique en plus que les pages orphelines. Et une analyse Backlinko complète le tableau : les pages situées à un ou deux clics de la page d'accueil captent 2,5 fois plus de trafic organique que celles enfouies dans l'arborescence.
En 2026, Google et les moteurs IA privilégient les sites capables d'offrir une architecture sémantique claire. Voici comment construire la tienne.
Ce qu'est le maillage interne (et ce qu'il n'est pas)
Le maillage interne désigne l'ensemble des liens hypertexte qui relient les pages d'un même site entre elles. Chaque lien interne remplit trois fonctions simultanées :
- Navigation — il guide l'utilisateur vers un contenu complémentaire
- Indexation — il permet aux robots de découvrir et explorer tes pages
- Distribution d'autorité — il transfère du PageRank interne vers la page cible
Le principe est celui du gâteau partagé : quand une page A fait des liens vers les pages B, C, D, E et F, chacune reçoit une fraction du PageRank de la page A. Plus la page source a d'autorité et moins elle contient de liens sortants, plus chaque lien individuel transmet de poids.
Ce que le maillage interne n'est pas : bourrer ton footer de 200 liens vers toutes les pages du site. Google considère cette pratique comme du spam depuis plusieurs années. Seuls les liens contextuels, intégrés naturellement dans le corps du texte, portent un vrai poids SEO.
Les trois architectures de maillage
Toutes les stratégies de maillage interne s'appuient sur l'un de ces trois modèles — ou une combinaison.
1. Le silo thématique
Le silo regroupe les contenus par thème dans des répertoires ou catégories étanches. Chaque silo a sa page pilier et ses articles satellites. Les liens circulent verticalement (pilier → satellites → pilier) mais rarement entre silos.
Avantages : clarté thématique forte, pertinence sémantique maximale pour chaque requête.
Inconvénients : rigidité. Si un article touche à deux thématiques, tu es bloqué.
2. Le cocon sémantique
Inventé par Laurent Bourrelly, le cocon sémantique pousse la logique plus loin. Chaque page ne lie que vers des contenus sémantiquement proches, en suivant une hiérarchie parent-enfant-frère. La page enfant lie vers son parent et ses frères, jamais vers des pages éloignées.
Avantages : distribution chirurgicale du PageRank, forte cohérence sémantique.
Inconvénients : complexe à maintenir sur un gros site, peu adapté aux contenus transversaux.
3. Le topic cluster (hub & spoke)
C'est le modèle qui domine en 2026. Une page pilier (hub) couvre un sujet large de façon exhaustive. Elle lie vers plusieurs articles satellites (spokes) qui traitent chacun un sous-sujet en profondeur. Chaque satellite lie en retour vers le hub et vers un ou deux satellites frères.
Avantages : flexible, scalable, aligné avec la façon dont Google évalue l'autorité thématique.
Inconvénients : nécessite un volume de contenu suffisant par cluster.
Pour la plupart des sites, le topic cluster est le bon choix. C'est aussi le modèle recommandé par HubSpot, Clearscope et Ahrefs dans leurs guides 2025-2026.
Construire un topic cluster : méthode en 5 étapes
Étape 1 — Identifier les thématiques piliers
Commence par lister les cinq à dix grands sujets sur lesquels tu veux ranker. Chacun deviendra un cluster. Pour un site e-commerce de matériel photo, ça pourrait être :
- Appareils photo reflex
- Objectifs photo
- Éclairage studio
- Post-traitement Lightroom
- Photographie de voyage
Chaque thématique doit correspondre à un volume de recherche significatif et à une intention informationnelle ou commerciale.
Étape 2 — Créer la page pilier
La page pilier est un guide exhaustif de 2 000 à 4 000 mots qui couvre le sujet dans sa globalité. Elle ne rentre pas dans le détail technique — c'est le rôle des satellites.
Structure type :
- Introduction avec la problématique
- Sections H2 pour chaque sous-thème (qui deviendront tes articles satellites)
- Résumé actionnable pour chaque section
- Liens internes vers les satellites correspondants
La page pilier cible un mot-clé principal à volume élevé : "photographie de voyage guide complet".
Étape 3 — Rédiger les articles satellites
Chaque section H2 de ta page pilier devient un article satellite à part entière. L'article satellite approfondit un sous-sujet précis et cible un mot-clé longue traîne.
Exemples pour le cluster "Photographie de voyage" :
| Article satellite | Mot-clé longue traîne |
| Quel matériel photo emporter en voyage | matériel photo voyage léger |
| Réglages photo pour paysages de montagne | réglages photo paysage montagne |
| Photographier en basse lumière sans trépied | photo basse lumière sans trépied |
| Gérer ses photos en voyage (workflow) | organiser photos voyage Lightroom |
Étape 4 — Câbler les liens internes
C'est là que tout se joue. Chaque article satellite doit contenir :
- Un lien vers la page pilier — avec une ancre descriptive (pas "cliquez ici")
- Un à trois liens vers des satellites frères du même cluster — quand c'est pertinent dans le contexte
- Zéro lien forcé — si le lien ne sert pas le lecteur, ne le mets pas
La page pilier, elle, lie vers tous ses satellites dans le corps du texte, pas dans un bloc de liens en bas de page.
Étape 5 — Interconnecter les clusters (avec modération)
Quand deux clusters ont un point de contact naturel, un lien contextuel entre eux renforce les deux. Par exemple, un blog BD pourrait relier un article sur l'illustration numérique à un guide technique sur les tablettes graphiques. Par exemple, un article sur "Lightroom pour le post-traitement de voyage" peut lier vers le cluster "Post-traitement Lightroom".
Mais garde ça chirurgical : un ou deux liens inter-clusters par article, pas plus. Si tu relies tout à tout, tu dilues le signal thématique.
Les ancres : le détail qui change tout
L'ancre (le texte cliquable du lien) est le premier signal sémantique que Google lit pour comprendre la page cible. Selon les travaux d'Olivier Duffez (My Ranking Metrics), chaque lien interne contribue à améliorer le positionnement de la page cible sur des requêtes proches ou identiques à l'ancre utilisée.
Bonnes pratiques pour les ancres
| Faire | Ne pas faire |
| "les réglages photo pour paysages" | "cliquez ici" |
| "notre guide complet du maillage interne" | "en savoir plus" |
| "comment choisir son objectif grand-angle" | "lire la suite" |
| Varier les ancres pour la même page cible | Répéter la même ancre exacte 15 fois |
Diversifie tes ancres pour couvrir différentes variantes de mots-clés. Si ta page cible parle de "maillage interne SEO", tes ancres peuvent être : "stratégie de maillage interne", "optimiser ses liens internes", "structurer les liens entre ses pages". Tu élargis le champ sémantique perçu par Google.
Liens contextuels vs liens structurels
Tous les liens internes ne se valent pas. Google fait la différence entre :
Liens contextuels (dans le corps du texte) — poids SEO maximal. Ils sont entourés de texte sémantiquement pertinent, ce qui renforce le signal.
Liens de navigation (menu, header, breadcrumb) — poids modéré. Ils aident l'indexation mais ne transmettent pas autant de contexte sémantique.
Liens de footer (pied de page) — poids faible. Google les traite comme des éléments de navigation récurrents (boilerplate) et leur accorde moins d'importance.
Liens en sidebar — même logique que le footer si le contenu est répété sur toutes les pages.
La règle : concentre ton effort sur les liens contextuels dans le corps du texte. C'est là que le ROI SEO est le plus élevé.
Auditer ton maillage existant
Avant de restructurer, fais un état des lieux. Voici les signaux d'alerte à chercher.
Pages orphelines
Une page orpheline n'a aucun lien interne pointant vers elle. Google peut la découvrir via le sitemap, mais il aura du mal à évaluer son importance. Lance un crawl avec Screaming Frog (gratuit jusqu'à 500 URLs) et filtre les pages avec zéro lien entrant.
Pages trop profondes
Si une page nécessite plus de trois clics depuis la page d'accueil pour être atteinte, elle est probablement sous-crawlée. Restructure le maillage pour raccourcir le chemin.
Ancres génériques
Exporte la liste de tes liens internes et cherche les ancres type "ici", "cet article", "en savoir plus". Remplace-les par des ancres descriptives.
Boucles de liens
Deux pages qui se lient mutuellement sans raison éditoriale diluent le signal. Assure-toi que chaque lien a une justification pour le lecteur.
Chaînes de redirections
Un lien interne qui passe par une ou plusieurs redirections 301 perd du PageRank à chaque étape. Mets à jour les liens pour pointer directement vers l'URL finale.
Les outils pour gérer ton maillage
| Outil | Usage | Prix |
| Screaming Frog | Crawl technique, liens internes, ancres | Gratuit (500 URLs) / 199 £/an |
| Google Search Console | Pages indexées, liens internes (rapport) | Gratuit |
| Ahrefs Webmaster Tools | Audit liens internes, pages orphelines | Gratuit (1 site) |
| Link Whisper (WordPress) | Suggestions automatiques de liens | 77 $/an |
| Gephi | Visualisation graphique du maillage | Gratuit (open source) |
La Search Console propose un rapport "Liens internes" (dans l'onglet Liens) qui liste tes pages les plus liées en interne. Compare cette liste avec tes pages prioritaires — si tes pages stratégiques ne sont pas en haut, ton maillage a un problème.
Les erreurs classiques à éviter
Trop de liens par page. Il n'y a pas de nombre magique, mais si chaque paragraphe contient trois liens, tu noies le signal. Vise deux à cinq liens contextuels par article de 1 500 mots, vers des pages réellement utiles au lecteur.
Maillage statique. Beaucoup de sites configurent leur maillage une fois et n'y touchent plus. Chaque nouvel article publié devrait déclencher une revue : quels anciens articles peuvent lier vers lui ? Vers quels anciens articles peut-il lier ?
Ignorer le contenu ancien. Tes articles les plus anciens ont souvent le plus d'autorité (backlinks accumulés). Les mettre à jour avec des liens vers du contenu récent est l'une des actions les plus rentables en SEO.
Lier uniquement vers le bas. Le flux naturel de liens est pilier → satellite. Mais les satellites doivent aussi remonter vers le pilier. Cette bidirectionnalité renforce le cluster entier.
Forcer des liens hors contexte. Si ton article parle de recettes végétariennes et que tu forces un lien vers ta page "meilleur barbecue électrique" parce que c'est ta page prioritaire, Google le voit. Le lien doit être naturel et utile.
FAQ
Combien de liens internes faut-il par page ?
Il n'y a pas de chiffre universel. La recommandation pratique : chaque page stratégique devrait recevoir au minimum trois à quatre liens internes provenant de contenus thématiquement proches. Pour les liens sortants, deux à cinq liens contextuels par article de 1 500 mots constituent un bon équilibre entre utilité et dilution du PageRank. La rédaction SEO aborde en détail le dosage des liens dans le corps de texte.
Quelle différence entre maillage interne et cocon sémantique ?
Le maillage interne est le terme générique pour tout lien entre les pages d'un site. Le cocon sémantique est une méthodologie spécifique de maillage qui organise les liens selon une hiérarchie parent-enfant-frère basée sur la proximité sémantique. Tout cocon est du maillage interne, mais tout maillage interne n'est pas un cocon.
Le maillage interne peut-il pénaliser mon site ?
Non, Google ne pénalise pas le maillage interne en soi. En revanche, des pratiques comme les liens cachés, les ancres sur-optimisées en masse ou les schémas de liens artificiels (link farms internes) peuvent déclencher une action manuelle. Tant que tes liens servent le lecteur, tu es dans les clous.
Faut-il utiliser des liens nofollow en interne ?
Non. Le nofollow en interne ne sculpte plus le PageRank depuis 2009 (mise à jour Google de juin 2009). Il ne fait que gaspiller du potentiel de transmission. Tous tes liens internes doivent être en dofollow.
À quelle fréquence auditer son maillage interne ?
Un audit SEO complet tous les trimestres est un bon rythme pour un site qui publie régulièrement. Entre deux audits, adopte le réflexe : à chaque publication, vérifie quels anciens articles peuvent lier vers le nouveau contenu, et inversement.
Sources
- Ahrefs, étude sur l'impact des liens internes sur le trafic organique (2023) — ahrefs.com
- Backlinko, analyse de la profondeur de page et du trafic organique (2024) — backlinko.com
- Olivier Duffez, My Ranking Metrics, impact des ancres internes sur le positionnement — webrankinfo.com
- Clearscope, Internal Linking Best Practices (2026) — clearscope.io
- Traffic Think Tank, Internal Linking Best Practices for SEOs (2026) — trafficthinktank.com
- SingleGrain, Internal Linking Best Practices to Boost Your SEO (2026) — singlegrain.com
- Editorialink, Guide du maillage interne SEO (2025) — editorialink.fr



